Les femmes des années 60 ont dû fonder leur féminisme sur un combat. Elles ont dû "se battre", dans la même lignée que la bataille pour le droit de vote de leurs mères et grand-mères (sans parler des deux guerres que l'humanité venait de se payer en Europe :-/)...

ElsaTriolet

Elles ont dû insister avec force pour acquérir une reconnaissance égale à celle des hommes et ne pas être reléguées aux seules tâches d'éducation des enfants et d'entretien de la maison. Face à l'ampleur de la tâche, il est compréhensible qu'elles aient dû employer les manières fortes et nourrir leurs idéologies d'une action forcenée.

Ce qu'elles n'ont pu entrevoir, c'est l'état d'ignorance dans lequel elles allaient laisser leurs propres filles. Nombreuses sommes-nous, encore aujourd'hui, à ignorer la puissance et les vertus des mystères de notre féminité. Nombreuses sommes-nous à nous sentir déchirées face aux attentes de nos mères et grand-mères : que nous soyions les égales des hommes, que nous fassions carrière, que nous menions de front nos désirs d'épanouissement social dans le marché du travail et nos désirs de famille. Et nombreuses sommes-nous à ne plus savoir combien il est doux d'être librement femme, avec ce rythme particulier, ce cycle féminin où certains jours du mois devraient être purement réservés à l'exploration de notre vie intérieure ; combien il est doux de nous laisser vivre davantage dans "l'être" que dans "l'action" à certains moments... Je ne prétends pas que ceci correspondrait à toute femme, je reconnais la légitimité du parcours de celles qui prennent leur ampleur avec une action courageuse dans le monde. Mais les discours et les raccourcis d'une Madame Badinter, qui datent d'un autre siècle, ne devraient plus recevoir tant de publicité. C'est encore nous entretenir dans l'ignorance...

Et pourquoi continuer à voir les choses en terme de lutte ? Pourquoi au lieu de combattre ne pourrions-nous pas faire l'unité dont nous rêvons, entre notre créativité physique et notre créativité de l'esprit ? Je trouve que plus j'ai fait l'unité en moi, au fur et à mesure de mes grossesses, plus j'ai rendue libre cette soif de créativité qui animait mon âme...

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L'unité permet l'effusion d'amour qui jaillit de tout notre être lorsque l'on porte et que l'on donne la vie. Ne plus trouver d'opposition entre le coeur et la raison, entre les hormones et les émotions, entre les désirs et la réalité tactile de ce que nous sommes.. ne plus être les victimes des illusions que nous nous sommes forgées dans ce monde si masculin mais nous mettre sous le manteau rouge de la mère, de sang et d'eau, de lumière et de vie cachée, méditée en son coeur... nous fier à l'humus de nos corps, aimer nos émotions comme on aime son enfant, les accueillir et trouver le sens qu'elles cachent, la vérité qu'elles venaient nous transmettre.

L'unité permet la liberté, permet le don. Et cette unité que la femme enceinte peut accomplir plus qu'une autre tient de ce qu'en elle toutes les portes sont éveillées, attentives aux mystères les plus cachés. Parce qu'elle réalise son unité, la femme enceinte se trouve elle-même ; parce qu'elle se trouve elle-même elle est plus en mesure de communiquer avec la vie secrète qu'elle porte en son sein. Et de lui communiquer le meilleur : non pas la mère ou la femme idéale, qui n'est traversée par aucune tempête mais la femme sauvage qui, traversant la tempête, sait que les forces de la vie sont les plus puissantes.

Et ainsi, la femme donne la vie....

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Je souhaite une pas bonne sortie à votre livre, Madame Badinter. Pardonnez-moi, mais...