L'énergie des femmes et de leurs liens insondables, disais-je.

Je n'aurais pas cru si bien dire...

Je voulais parler de la force des groupes de femmes, ces endroits où chacune se régénère en partageant avec d'autres leur quotidien de vies, de questionnements, de joies, de doutes. Où chacune arrive comme elle est et prend sa place parmi les autres, comme par miracle. Où les valeurs féminines prennent leur essort : ouverture, accueil, écoute, compassion, entraide...

Je voulais parler de la force des liens qui se tissent, même en bien peu de choses. Il y a la force de la nature, qui s'exprime en celles qui ont donné la vie, un je-ne-sais-quoi de viscéral et d'absolument charnel qui s'enracine dans la terre profonde et qui monte jusque loin dans le ciel. Il y a la force des montagnes que leur foi sait déplacer.

C'est ainsi que je me sens liée à certaines, comme jamais je ne l'aurais imaginé avant. Pour marquer mon départ d'Italie, j'ai demandé à quatre femmes de venir pour une petite cérémonie d'adieu. Il y avait ma sage-femme, pilier de ces trois grossesses, avec qui la relation n'a pas toujours été facile à bâtir mais... finalement !! Il y avait ensuite une femme par grossesse et maternité que j'ai vécues sur ce sol étranger. Avec chacune, un lien charnel, viscéral, qui ne se perdra jamais. C'est une longueur d'âme et de vécu qui demeure, quand bien-même nous serions vieilles et gâteuses, la mémoire nous faisant défaut. Je ne sais pas comment expliquer cela...

J'avais envie de vous parler de tout cela, donc, tout en ne sachant plus très bien où je trouverais des mots pour expliquer ces impressions... Et puis une jeune femme est morte ce lundi matin. Elle était mère de quatre enfants dont le petit dernier n'a pas deux ans... Elle était belle comme le jour, elle était engagée dans la vie, elle animait des groupes de femmes, ...justement.

Je ne sais pas pourquoi sa mort m'atteint autant. Je ne sais pas bien pourquoi je ne surmonte pas cela, pourquoi je reste abattue sous la grippe que cette nouvelle m'a aportée. Je vois son visage dans celui de ma petite fille, est-ce cela ? J'avais tant de choses à lui demander, tant de choses à partager avec elle, est-ce cela ? J'ai tant désiré mourir moi-même, dans mes moments de sombre humeur... est-ce cela ? ce sont les meilleurs qui partent...

Sa foi avait ravivé la tiédeur de mon âme. Elle était atteinte d'un cancer, et ce sont les suites indirectes de la maladie qui l'ont emportée. Presque sans prévenir... on espère toujours, on supplie toujours... et puis une fin arrive, pas forcément celle que l'on attendait. La mort, ligne droite où la vie nous mène, et pourtant... et pourtant. Elle est un scandale pour l'intelligence, la mort... encore davantage lorsqu'elle emporte une jeune maman qui n'avait pas fini de donner son amour...

Mais je ne sais si c'est cela qui explique mon grand abattement. Je comprendrai plus tard, sans doute. Je vous livre simplement une phrase qu'elle m'avait écrite : 

"Toute cette souffrance existe pour réveiller en nous l'Amour."

Il y en a qui savent de quoi ils parlent....

En attendant que l'Amour se réveille en moi, je pleure, je n'en finis pas de pleurer, et je garde ferme dans la foi ce lien qui nous a liées, en peu de choses, ce lien de femmes et mères, cette longueur d'âme, ce lien qui perdure au-delà de la mort et qui s'appelle alors, dans la foi, "communion des saints".

Une autre phrase pour continuer la route :  "si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s'il meurt, il donne beaucoup de fruit"...

Ce que le raisonnement humain ne peut comprendre... peut-être qu'un bout de foi, même fragile, peut l'effleurer...