24 août 2007
Un ptit saut à Goa...2
Suite de mes notes (ça vous ennuie pas ?)
Ce matin je me suis réveillée Eé-puisée, pas assez dormi. Mais tirée du sommeil par un cauchemar atroce : il était huit heures, l'heure de partir faire le marché, mais je restait clouée au lit, morte de fatigue. Puis tout à coup il était déjà six heures du soir et nous commencions seulement à émerger et partir,... et le marché allait fermer, et c'était innommable tout ce temps qu'on avait perdu là... Je demande à mon homme en une phrase angoissée : il est quelle heure ? - nuiteure moinlquart..." Hop hop hop ! Deux secondes, trois peut-être m'ont renenue scotchée encore, mais pas une de plus. Et une douche pour attaquer la journée (mais si l'eau chaude y est, seulement je n'ai pas pris le temps de comprendre comment elle s'allumait).
Toute de propre vêtue, "Viiite ! habille-toi ! J'ai fait un terrible cauchemar."
Dans la rue, tentative vaine pour marchander un rickshaw jusqu'à Anjuna. Alors on prend le bus.
Ici, tout est catholique : les bus, les taxis, les magasins, les rues, les gens. Il n'y a pas cent mètres sans que l'on rencontre un calvaire, une "Our Lady" ou un "Menino Jesus" avec leur couronne de fleurs. Ou un poster de Jésus glissé sur une image de Britney Spear.

ça m'a adoucie, petit à petit. Je rageai d'avoir à attendre le bus, changer de bus, reprendre le bus, chercher notre voie, ne plus la trouver encore. Mais j'ai fini pas presque oublier de croire que tous les indiens sont méchants et veulent t'extirper au maximum. J'a fini par oublier : tout le monde nous aidait sur notre passage, tout le monde était gentil, mignon, touchant - j'aime l'Inde. J'aime cette manière étrange qu'ont les indiens d'acquiescer de la tête sans acquiescer vraiment, cela vous désarçonne un européen complètement (bon bah alors c'est oui ou c'est non ??) Tête un peu penchée, air tout réservé... Balancement discret dans tous les sens (OUI, ça veut dire oui mais devine-le, car je t'en dirais trop, si je te le disais vraiment). C'est ce qui m'a touché en premier, chez eux... et qui me touche le plus encore. Et définitivement. Tous les indiens que je rencontre font ainsi - mais je n'ai sans doute pas rencontré toutes les sortes d'indiens.
Ils ont tous - sauf je pense ceux qui ont trop souffert - un air d'enfant... tantôt ingénu, tantôt un peu perdu. Gai tout de même, bien souvent. Je ne sais pas si ce sont tous les indiens, vraiment. Nous n'avons pas cet air-là, nous, nous n'avons pas le visage poupon. Enfin je me trompe : JE. Mari-trésor, oui.
Nous avons vu aussi - et ça, nous avons beaucoup ri : un rameuteur de bus scruter du fond de son âme la réponse qu'il allait donner à notre question, ç'en était... vibrant. Nous lui avions demandé dans combien de temps partait son bus. Son visage est resté impassible mais il est passé, peut-être, par mille cheminements étranges en lui avant de nous révéler un "fifteen minutes". Nous étions haletants. C'était comme s'il s'était laissé sentir, de l'intérieur de lui-même, par chaque pore de sa peau et chacune de ses cellules, combien de minutes il resterait d'ici le départ de son bus. "Fifteen minutes"... c'était excellent.
J'aime l'Inde... je m'y attendais le moins du monde. Je rêvais à l'Afrique, une espèce de simplicité "brute", des choses dures et sauvages mais aussi tant de rires - et si communicatifs... Mais voilà que je trouve une Inde qui me touche, dans toute la finesse de sa retenue, dans toute la mystique de ses apparitions.

Ce matin nous avons donc fini par débarquer à Anjuna. J'ai adoré à peu près toutes les personnes avec qui j'ai parlé, là-bas. (pas parlé, non : échangé. On n'a pas forcément besoin de parler, avec les indiens. Mais souvent on échange, oui. Très souvent. Tichapz doit y être pour vraiment, vraiment beaucoup d'ailleurs.) On nous dit que le marché est fermé et j'enrage mais, arrivés à la plage, nous apercevons bien pourtant quelques stands. Nous nous approchons et là, hop ! nous sommes harpillés. De plus en mal et mal en pis. Je prends à bras le corps la tâche que je m'étais fixée : remporter le plus possible de choses que j'aime COMPLETEMENT, et à un prix que je m'étais fixé (pas question de renouveler la mauvais eexpérience de mon tout premier marchandage !). J'ai donc résisté de toutes parts, à toutes les astreintes et c'était incroyable ! Nous étions les premiers arrivés du matin, et l'attraction fondamentale d'un carré de ... 70m² de stands et d'indiens (plutôt d'indiennes d'ailleurs... ça m'a peut-être aidée) assoiffés de nous vendre quelque chose. Premiers clients de la journée, premiers blancs : et si la chance leur souriait ?
J'ai aimé marchander avec elles, repousser leurs offres, garder le sourire, ne pas me démonter, dire clairement ce que je voulais. Dans mon dos une femme harcelait Mari-trésor, puis finalement elle l'a questionné : "But... SHE is the boss ??" Et mon sage homme de répondre : "yes !" Elle n'y est plus revenue...
Plus loin j'ai discutté avec des jeunes filles, je me sentais de leur âge, leur soeur, leur égale, je portais mon enfant comme elles porteraient le leur... Elles m'ont chargée de leur porter bonne chance ("first custom of the day !") - j'espère que je la leur ai portée, de tout mon coeur. Cette lutte pour survivre est si dure ! j'étais prise au rire et au jeu mais, la femme du bout là-bas m'a fait bien de la peine. Elle avait l'air si triste...
* * *
Avant de repartir, nous avons pris le temps d'une tétée d'amour au bord de la mer d'Arabie...

John est venu nous taper la tchatche, très sympathique, visage d'enfant. Puis nous sommes remontés vers le bus et Tichapz, en passant, a fait un coucou à un bébé de son âge qui habitait là, avec sa maman. J'ai vu aussi une femme enceinte, magnifique dans un saree rouge... nos soeurs.
23 août 2007
Un ptit saut... à Goa, 1.
Mes notes racontent...
Mercredi 8 août 2007 - Goa, Miramar Residency

J'aime l'Inde.
Elle est pleine de contradictions... en fait peut-être non.
Comment dire. J'aime l'Inde, peut-être parce qu'elle est déconcertante et que je ne suis pas si déconcertée. C'est sûr, je n'ai pas vu, comme une amie à son arrivée à New Delhi, une femme se faire brûler sur la dépouille de son mari. Non, je n'ai rien vu de trop déconcertant et je suis restée, somme toute, en pays catholique.
Je crois que j'aime l'Inde en fait à cause des grands sentiments qu'elle déploie en moi. J'aime l'Inde comme j'aime sentir et voir les lignes qui se tracent sur la feuille blanche, le stylo qui glisse sur le papier étonnament doux. "Sweet". Avec une étonnante facilité, ce soir.

En arrivant à Goa
Goa depuis hier vers 14-15 heures. J'ai tiqué lorsque Mari-trésor a pris un taxi sur un mode traditionnel, j'avais dans l'idée de marchander un rickshaw. Passons, le conducteur du taxi m'a touchée et j'ai aimé l'annulette de la Vierge Reine à l'enfant qui siégeait à côté du volant.
J'ai fulminé quand, arrivés à l'hôtel recommandé par nos amis, le prix de la nuit n'était pas celui attendu. Il y a une réflexion que j'ai faite à P. une fois : "Marchander, pour nous, ça nécessite de penser à priori que la personne en face de nous est mauvaise, mensongère. Sinon, on n'y arrive pas !" Et dans le même esprit, on développe puissance 10.000 cette énergie à se méfier de tous et tout. J'enrageai donc contre Mari-trésor de laisser couler tout ça alors que ce n'était pas ce à quoi je m'attendais, j'enrageai qu'il avance tout de suite le montant des trois nuits (et si nous voulions partir avant ??) - si docilement. J'enrageai d'avoir à remplir ce formulaire "c'est la law" avec mon nom, mon adresse, le pays d'où je venais.
Puis lorsqu'à contre-coeur il a fallu nous installer dans notre chambre, que j'ai vu les traces immondes sur le sol - j'ai pris ça pour du sang séché ! après un peu de temps passé ici, je sais que la terre d'ici est de cette couleur... Cela apaise le drame.
Sur le coup, il était immense. Comment Mari-trésor pouvait-il croire que je laisserais les fesses de mon fils traîner dans le sang de je-ne-peux-savoir-qui, sans rien dire et avec le sourire ? J'étais hors de moi, hors de moi je lui ai sorti toutes les assanités du monde. Je lui ai montré mon mépris outragé et toute ma haine qui sortait d'on-ne-sait-où (les jours d'avant, il n'y avait jamais eu autant de louange et d'amour pour lui sortis de ma bouche... !!)
Je suis partie, plus retournée que jamais. Tichapz sur la hanche. J'ai marché vite, et droit... pour découvrir l'endroit paradisiaque où nous étions logés. La mer... au bout d'une grande plage sablée.

J'ai pris un petit sentier sur la droite, tracé entre les larges feuilles de ces plantes qui ne sont ni des algues, ni des arbustes. Sol très humide. Et puis je suis allée dans la mer - remplir de sable tout le bas de mon pantalon.
Mais vite ma solitude rageuse se trouve envahie : qui sont ces deux indiens qui observent cette blanche porter son petit - oh ! un ptit blanc ! - et tremper ses pieds jusqu'aux guêtres dans l'eau - surprenante, ces vagues ! de droite, de gauche, et parfois elles mangent les genoux.

Que veulent-ils ? Alors la blanche s'enfuit, l'air de rien. Elle a remis tant bien que mal ses pieds mouillés dans ses tennis rose pâle. Avec ses chaussettes (roses) restées au fond. Sa colère n'est pas complètement passée... mais l'air et l'eau ont eu raison de sa rage : elle est cuvée. Et puis l'insupportable impuissance est effacée : en revenant de la mer, elle passe à la réception et avec toute la force que sa colère dégage elle s'exprime : "I want somebody to wash the floor in my room, now. If it's possible." On avait déja fait changer les draps mais, quand j'avais fait la remarque des traces sur le sol, on m'avait dit (Mari-trésor y compris) que c'étaient les irrégularités des carreaux. Mais j'avais gratté moi-même, avec mon ongle. Et frotté. Il s'en était dégagé cette substance ocre-marron que je pensais être du sang séché. Le sol en était maculé, en certains endroits... Des irrégularités, noui. La crasse, est irrégulière.
Au fur et à mesure que l'odeur du produit de lavage se répandait dans la pièce, l'oppression de ma poitrine et ma colère s'en allaient. J'ai soudainement compris une chose : tout cela, ce n'était pas grave. Après que l'homme soit parti, j'ai frotté bon nombre de tâches avec ma salive et la serviette à sol de la salle de bain, mais je n'étais plus en colère. Cela a juste servi à montrer à Mari-trésor que j'avais raison. ça m'a fait presque plaisir de le faire. Et maintenant je sais que ce ne sont que des traces de terre !! Quand je frottais j'ai sorti avec feu le grand numéro : "Nan mais c'est pas possible il y a eu un meurtre ici ! ou un gravement blessé. Z'auraient pu effacer les traces quand-même."
Le soir nous avons dîné paisiblement. Tichapz dormait, et je m'étais décidée à ne plus pester contre la situation. Nous payions notre chambre plus cher ? Très bien, dînons dans le luxe.
A notre retour dans la chambre une dernière surprise nous attendait, cependant.
La Miramar Residency dispose de chambres agréables, fraîches et spacieuses. Disposées sur trois étages, elles sont couronnées par une vaste salle de fête où il fait bon... faire la fête. Bien-sûr ces fêtes trouvent leur fin raisonnable à onze heures du soir mais, pour ceux qui ont l'extrême privilège d'habiter au troisième (chiffre parfait), elle ne s'arrête pas là (la fête) : car le rangement de la salle se fait en toute gaîté et grand vacarme. Ferrailles jetées au sol, tables que l'on démonte, chaises que l'on empile, et voix qui fusent de ci et de là pour énoncer quelques ordres...
Au bout d'un peu de patience je n'en ai plus pu : car moi, pauvre ignorante du troisième, je ne comprenais là qu'un innommable vacarme ! En blanche désoeuvrée, j'ai donc grimpé l'escalier pour faire mon apparition.
* * *
J'aime l'Inde, parce qu'il peut suffire d'apparaître, pour communiquer. J'ai donc fait mon apparition, sans monter les dernières marches, sans ouvrir la bouche, fort contrariée, impassible pourtant. J'ai vu deux hommes très basanés, au visage fatigué, qui manipulaient ( à grand bruit, donc) de grandes barres de fer (tables ? chapiteaux ? estrades, peut-être). Une femme dans la pièce à côté transportait un panier de vivres. J'ai vu, j'ai donc pu comprendre. Ils ont vu une blanche dans une rose et longue chemise de nuit indienne, le visage encadré de ses longs cheveux, le nez arrangé d'une fine paire de lunettes (l'une des branches est raccomodée par un scotch. Ce qu'ils ont vu, ce n'est sans doute pas le scotch : il était probablement caché par les cheveux).
La blanche mécontente, mais paisible en même temps, altière, est redescendue. Il n'y avait rien d'autre à dire. Elle avait vu, ils avaient vu, et de toutes façons leur travail était presque fini. Il n'y avait plus maintenant qu'à dormir une tendre nuit d'amour...
22 août 2007
Euh....
Bon si vous en avez marre de l'Inde, vous me le dîtes ! ;-D


21 août 2007
Uttan
Aujourd'hui mardi, les choses sérieuses commencent. Je vais comme me réconcilier avec l'Inde... (pas de photos malheureusement : c'est toujours aux meilleurs moments qu'on oublie l'appareil !!)
Uttan est un village à la limite de Bombay, au bord de la mer. Pour y parvenir, nous roulons presque deux heures... mais dès notre arrivée dans ces petites rues, la bonne humeur vient réhabiter mon âme. Voici donc un village... tout y est charmant, l'air est bien plus léger et pur, voilà qui change mes idées. Nous arrivons pour déjeuner chez Soeur J., responsable d'une grande et belle maison qui accueille des enfants handicapés. Et qui garde ces enfants, même devenus grands.
Cette maison est auprès d'une magnifique église... nous y voyons aussi tous les enfants qui vont ou reviennent de l'école, dans un joli - et si occidental ! - uniforme. Les filles des rubans rouges dans les cheveux pour maintenir deux tresses sur les côtés. Il paraît que les enfants ici sont soixante-dix par classe !!!!
Nous visitons tout le village, dans la grosse voiture... D'un côté il y a les fermiers, plus riches, qui cultivent les grandes étendues de riz que nous avons traversées, splendides - et que l'on voir rentrer avec leur attelage de deux buffles... De l'autre (du côté de la mer, et au fur et à mesure que les habitations se font plus sommaires et pauvres) : les pêcheurs. Des milliers d'hommes, de femmes, d'enfants qui ramassent et qui trient, et récoltent les poissons. Ils les mettent dans la glace... Fascinant de les voir attroupés auprès des machines à piler la glace. Une étonnante modernité (si rouillée soit-elle !) dans ces vies... Il me semble que ce sont des vies où la douceur du réel et du simple se confondent. Je n'y passe qu'un instant et je sais que, pourtant... pourtant les jeunes ici s'enduisent d'alcool et se suicident au feu ! Horreur, enfer et damnation... Pourquoi. Tout respire ici un quotidien pur et sain. On voit en passant des femmes battre le linge sur les pierres d'un fin ruisseau, on voit les longues bandes de tissu étendues sur le sol au soleil. J'ai tant cette impression que tout est facile... Illusion de ces vies que l'on n'a pas.
Ici en Inde, quand je lave et tord et rince mon linge, cela me paraît si simple et doux. Aurais-je poursuivi cette vie plus longtemps, pourtant ?
...pourtant.
Extrait de mes notes :
Peut-être que ce qui gouverne ce pays, c'est un peu la folie. Pas forcément la folie de ceux qui y vivent, mais la folie de ceux qui y viennent (qui n'y sont pas habitués) (mais peut-on s'habituer ? ...oh, oui).
Il y a une étrange alchimie entre le degré de fatigue, le degré d'inquiétudes (ces inquiétudes qui viennent de ce que l'on ne dit pas ce qu'on pense, qu'on ne sent pas ce que l'on ressent, qu'il ne faut rien montrer...), et le degré de rêve transpercé par la réalité bien lourde... un poids qui choque tant. On rêve de l'Inde mais des jeunes s'arrosent d'essence et se brûlent, dans les jolis petits villages les plus catholiques. Des femmes sont mises à feu et brûlent contre le corps sans vie de leur mari, un peu partout dans ce beau pays. Tant d'autres absurdités encore... La folie vient de ce qu'un envoûtement côtoie le plus atroce ? Une humanité exaltée, dans tous les sens, qui se mêle aux secrets, aux ombres et à la beauté...
Soeur J., elle, ne semblait rien attendre de ce qu'il fallait dire ou penser. C'était tellement doux... reposant.
J'en garderai toujours un doux souvenir, de ce village... malgré les drames dont on ne parle pas, les oppositions entre le clan des pêcheurs et celui des fermiers, l'assassinat des prêtres qui tentent de les réconcilier. Comment leur inculquer qu'ils sont égaux ! un rêve encore, que cela !
Et pourtant...
20 août 2007
Mumbai 3
Lundi. Toute la journée, mon humeur noire se poursuit. Et nous ne sortons pas, ce qui n'arrange pas les choses. C'est un grand jour, pourtant... c'est l'anniversaire du Tichapz : un an. Un an déjà... assez étrange de vivre cette journée là, en Inde, loin de ces lieux familiers qui t'ont vu grandir, mon bébé... Difficile de réaliser. Un an. Comme un éclair ! Tu es né à 13h14... mais très-heures-cat'orze, ça fait combien, ici ??
Oh c'est terrible, j'y pense à peine, je suis toute prise par ma fatigue et mon énervement. D'où cela me vient-il ??
Extraits de mes notes [attentionWARNING, page de journal intime]--------- :
Lorsque j'écris ces lignes nous sommes lundi matin. Je me sens d'humeur massacrante... [...] Ce qui m'étonne le plus c'est qu'au long de la journée d'hier, j'ai joué à comprendre l'esprit dans lequel il faut se mettre en Inde (ai-je joué ?) et que maintenant, je bouillonne de colère. Je me sens profondément en colère contre cet esprit où l'on cache tout, où rien ne doit transparaître - pas de sentiments, pas de conflits. Pourquoi ai-je été prise par cette ambiance toute la journée hier, faisant presque reproche au fond de moi à qui brisait cette "harmonie", et pourquoi maintenant suis-je toute révoltée ?
[...] Je ne sais pas ce qu'il faut que P. comprenne, ou que je comprenne. Il y a plein de généralités que je pense, mais que je ne prends pas le temps d'écrire dans ces lignes là. Ce que je sais c'est qu'au bout du compte mon mari a la force de laisser voir sa faiblesse, sans que cela soit grave. Je crois que je l'aime... énormément.
* * *
Lundi. 18h heure locale. C'est amusant nous vivons encore à l'heure de chez nous : fin du repas 16h et quelques, Tichapz vient enfin de s'endormir. Je l'ai tapé avec un oreiller. J'avais envie de l'exploser... le déchirer. Quelle violence il y a en moi. Je me sens épuisée de fatigue. [...] Je ne sais pas comment on fait pour accepter de rester enfermés toute la journée. Il faut dire que je ne sais pas supporter grand chose......
il faudrait que j'aille dormir.
Je me demande vraiment quel est le sens de la vie. De tous ces états de vie, ces gens...
[...]
[...] Marin, mon fils, voilà un an tout rond que nous avons découvert ton visage... que tu es venu au monde. J'ai essayé d'être une bonne mère, de t'apporter le meilleur. Tu as pu voir qu'à certains moments je craque, quand je ne veux plus penser qu'à moi ou que la fatigue me tire les yeux. J'ai encore au coeur la noirceur de ma colère, et les yeux mi-clos-fermés. Je suis désolée de te faire parfois du mal... Je t'aime, enfant. Merci d'être né, mon bébé...
Puis vient le soir, des visites, des cadeaux, des sourires, et j'oublie presque que je suis noire au coeur...



Ici, le gâteau d'anniversaire n'arrive pas en dernier, non : on fête d'abord ce pour quoi on est là tous ensemble, et après on prend le repas. Alors, nous voici avec une bougie à souffler...


...et un gâteau à couper ! (par le prévenu, c'est la tradition)
* * *
Un autre jour, nous avons eu d'autres festivités à l'indienne : dîner en famille. J'en garde un doux souvenir...

Et pourtant.
18 août 2007
Pause non indienne...
le temps du week-end !
Mercredi nous avons fêté nos bébés de un an, ça donne ça :

Il manquait plein de bébés partis en vacances, mais c'était tout de même vraiment sympa !
Sinon, j'ai la joie de vous annoncer que Tichapz est un sacré ptit bonhomme. Je lui avais demandé de ne pas marcher avant notre retour d'Inde (je redoutais les explorations douteuses, là-bas...) Et bien, c'est chose faite !! Il n'a marché qu'à notre retour, une fois les pieds posés sur la dalle bien de chez nous... pfiou ! (strodémozion)
17 août 2007
Mumbai 2
Dimanche.
Messe à 9h30. Pour parvenir à l'église il faut prendre la voiture... traverser des tas d'immondices, aux odeurs foudroyantes. Des hommes, des femmes, des enfants farfouillent là-dedans, pourtant...

Il y a des chiens errants à tous les coins de rue. Mieux vaut ne pas trop s'en approcher, mais certains sont attachants. Les chenils n'existent pas, ici.
Après la messe, P. nous montre la tombe de sa mère, puis nous allons visiter l'endroit où P. et A. se sont rencontrés : c'est un foyer qui recueille des personnes handicapées. Mille sourires et joies quand on arrive... Au dehors, le match de foot des jeunes est interrompu par une pluie battante. Elle s'arrête... Nous nous approchons... Tichapz attire tous les regards !

Puis vient la mi-temps, ...le temps d'aller prier un coup ! ;-)

Nous rencontrons ensuite les Soeurs de la Léproserie, puis nous partons déjeuner chez la dame qui est venue nous rendre visite hier. L'hospitalité est naturelle chez les indiens. Je me sens très à l'aise, Tichapz est dorlotté à tous vents. Il ne parvient pourtant pas à trouver le sommeil, tout est si nouveau pour lui. Il est très social, en plus : pourquoi s'endormir quand tant de monde est là qui vous admire ??
A la nuit tombée, nous faisons un saut à la plage de Bombay, puis nous rejoignons la fête du Parent's Day... ça me laisse un goût étrange. Musique trop forte, vêtements vulgaires comme chez nous, jeux de scènes... "Djeunns modernes". Quelle est cette Inde si nouvelle ? la coupe est un peu amère. J'aurais cru voir une fête de mon lycée ! avec cette amertume, oui, la même, d'un trop plein de bruit et de consommation, et il faut briller. Les indiens sont toujours impeccables, propres sur eux... J'en suis profondément gênée (car ça n'est pas mon cas !) Pourtant, cela n'existe pas, chez nous ! une fête en l'honneur de nos parents. C'est peut-être là la différence.
Nous finissons par prendre un repos bien mérité, j'ai un Tichapz à endormir. Je me sens d'humeur noire. Les sentiments se mélangent... Je repense à ce rapport dont A. m'a parlé, faite par une personne ayant travaillé au consulat de France en Inde, qui explique que régulièrement des européens sont rapatriés parce qu'ils deviennent fous, au contact de cette Inde... Inde si forte si étrange, si paradoxale. Ce soir je ne l'aime pas, mais pas du tout. Pourquoi ? Cela changera peut-être...
16 août 2007
Mumbai 1
Et pourquoi sommes-nous partis pour l'Inde, me demanderez-vous ? Faire un voyage si lointain, peut-être même très risqué, avec un si jeune bébé... quelle mouche nous a piqué ?
C'est une mouche d'amour.
Les histoires d'amour, vous connaissez ? Vous en voulez une ? Une bien dramatique comme il faut, allez ! (hi hi) Non, à vrai dire je ne peux pas vous en conter grand chose (c'est la protagoniste qui s'en occupe, je vous préviendrai quand elle aura fini d'écrire son bouquin ;-D) - tout ce que je peux révéler c'est qu'il en faut beaucoup, beaucoup... beaucoup à vivre lorsqu'une française aime un indien, lorsqu'un indien aime une française.
Nous étions donc là pour témoigner d'un mariage civil, à la mairie de Mumbai. Raison première de notre voyage en Inde. Quelle épopée, ce mariage !! Des heures d'attente, des gens dans tous les sens (des archives aussi) et une mélodie de désorganisation assez sympathique, au demeurant.

Ils y sont donc passés, et notre signature est quelque part sur un des innombrables registres qui traînent empilés dans un couloir d'une mairie de Mumbai. Ce n'est qu'un premier pas : il faut encore que l'Etat délivre un papier de mariage,... puis l'Ambassade... et, un jour peut-être, la France...
Les portes du monde sont grandes ouvertes ! à l'heure de la mondialisation... enfin ça dépend pour qui. Je me demande encore pourquoi, moi, je peux débarquer en Inde comme de rien. L'inverse n'y est pas. (Enfin, ça dépend du montant sur votre compte en banque). Pourtant, nous y avons été accueillis comme des rois !
* * *
Mais revenons quelques pas... quelques jours en arrière.
A la sortie de l'aéroport, nous découvrons en vrai, enfin, le visage de P. que nous ne connaissions que par photo. Il se ressemble, ça va ! Il porte une casquette à l'envers (pense-t-il que c'est plus "in" ????) et nous offre son large sourire.
Dans le trajet en voiture, nous ne verrons pas grand chose à part un buffle et aussi, à travers la nuit, les ombres de hauts-vents alignés, les uns collés aux autres. Dessous des familles dorment. Devant, des rickshaws sont garés, alignés eux aussi. (Les rickshaws sont les descendants à moteur du pousse-pousse).

Sous les hauts-vents...

Voici un arrière, et un avant de ces petites bêbètes à trois roues.
Pas de portes, pas de fenêtres !
Ils sont conduits, chaque jour, par les pères de ces familles. Instantanément, ça m'a fait penser à ce que j'ai lu dans La Terre Chinoise, de Pearl Buck. Exactement pareil. La même misère... la même nécessité de survivre, sans doute...
Maintenant dans la nuit, tout prend une allure si grande et si secrète. Nous allons donc découvrir l'Inde...
* * *
Samedi matin. Nous nous sommes couchés à quatre heures, heure locale. Tant de choses à nous dire...
Pourtant ce matin nouveau, si nouveau m'appelle. J'ai l'impression de me lever aux aurores... mais non ! onze heures trente, heure locale !!
Je retrouve A. et nous sortons sur la terrasse.


Images saisissantes d'un ailleurs qui n'est pas de chez nous. Ici, tout continue d'être différent. J'aime le vent qui nous rafraîchit, j'aime la foule de cris des corbeaux. Il y a aussi ce cri chantant qui s'élance bruyamment vers le ciel, on ne sait pas s'il vient d'un oiseau ou d'un singe étrange... Comme j'aime ce petit vent, ces bruits étrangers, ce temps tout tranquille avec A. Nous parlons. Nous parlons de cette fierté découverte dans le livre de Pearl Buck*, de notre saisissement quand P. paye un homme pour grimper les quatre étages avec notre valise perchée sur le dos. Arrivés en haut, nous lui disons merci mais c'est comme une insulte. Nous le disons en plus avec un rire imbécile d'européens indélicats... et mal à l'aise.
* Cette fierté orientale (orgueil ??), c'est une chose qui semble à 10.000 lieues de nous... elle m'a froissé le coeur, lorsque j'ai lu Pearl Buck,... elle m'a froissée plus encore en Inde. Il faut que j'y réfléchisse, je vous en écrirai peut-être un peu plus !
Menu du brunch : oeufs, maïs, graines germées. C'est agréable à manger.
Une dame nous rend visite : c'est la mère de la femme du frère de Paul. En France, est-ce qu'on connaît les parents de notre belle-soeur ?? Elle est adorable. Dimanche, nous irons déjeuner chez elle, et lundi.... mais je vous le raconterai plus tard, lundi !! ;-)
Le reste de la journée, P. nous emmène dépenser plein d'argent dans de beaux magasins. Il n'a pas encore compris que nous voulions simplement aller voir quelques boui-bouis, alors nous nous sentons obligés d'acheter... Pas grave. ça nous fera de beaux souvenirs de l'Inde.

Un Salwar Kameez... c'est si joli.
Une belle chemise... une !
Nous rentrons harassés. A Bombay, quel traffic ! Au dîner, glaces et pizzas. Aussi bonnes ? non, meilleures qu'en Italie !! Le début de notre aventure commence...
15 août 2007
Bonne fête de l'Assomption !
Aujourd'hui 15 août en France, si vous ne travaillez pas, c'est grâce à elle :
[Edit : je voulais préciser, aussi, que si aujourd'hui en Inde, on n'a pas travaillé c'est pour une autre raison : c'est parce que le 15 août c'est leur fête nationale, leur "libération" !! - fin de l'Edit]

Marin fait la connaissance de la Marie d'Inde, dans les bras d'une Soeur en sari
J'aime voir comme la Sainte Vierge se décline dans toutes les langues et toutes les cultures !!
* * *
Bon mais, je vais arrêter un peu de vous faire languir ! Aujourd'hui peu de mots, mais quelques photos qui m'amusent :

En Inde, il y a des bananes... très petites.
Petites mais costaud : remède radical contre les maux de ventre ;-) )
* * *

Ecoliers en Mousson (Mumbai).
Là-bas quand il pleut il y en a partout mais c'est fête, c'est période de bénédiction...
C'est amusant d'apercevoir tous ces uniformes, selon les écoles... un air d'autrefois (de chez nous)
qui détonne, dans cette Inde moderne !
* * *

Et pourquoi ne mettons-nous pas de fleurs dans nos cheveux, nous ?
(Dans le bus à Goa)
* * *
En Inde, il y a des choses un peu dans tous les sens...

(Transports et sieste en famille, Mumbai)
* * * * *
ça parle de soi tout ça, hein ??
J'en ai encore plein !!
Bon allez, demain je vous raconte pleiiin de trucs. Promis. ;-)
14 août 2007
Par quoi continuer ?
L'Inde est un paradoxe.
Voici mon dernier souvenir d'Inde : Aéroport Mumbai, environ 22h heure locale. Nous repartons. (hi hi ! ça fait effet non, de raconter d'abord le début et ensuite la fin ? J'avais envie. Petiboutz s'amuse. :-))
Une foule immense s'agite dans tous les sens, c'est presque oppressant. Tichapz s'est endormi dans la voiture qui nous menait à l'aéroport. Je n'ai pas voulu l'installer dans l'écharpe, peur de le réveiller. Je le porte à bras... à l'indienne.
Je marche aussi à l'indienne : à mon rythme. Comme je veux. Les files de personnes vont dans un sens et dans l'autre et moi, je dépasse un peu sur la file d'à côté, nonchalente. Qu'on me respecte ! je porte mon enfant. Aurais-je pris de cet orgueil de certains indiens ? Est-ce de l'orgueil ?
Une vieille femme qui vient dans l'autre sens pousse un chariot de bagages et me rentre dedans, puisque je dépasse un peu. Elle me fait sans un mot un signe de la main, que je traduirais en italien : "via !" (je crois qu'il n'y a rien pour le dire en français. Tu me diras c'est un geste ! et en indien, il reste muet.) Il signifiait que je devais m'écarter. Mon sang fait un petit tour et je lui répond exactement le même geste, avec le même silence. La même fière nonchalence. C'est étonnant, je crois que ça l'a fait sourire, imperceptiblement. Elle est passée puis, quand j'ai levé les yeux, j'ai vu une autre femme un peu plus loin qui me regardait, elle semblait sourire elle aussi, imperceptiblement.
Faut-il donc croire qu'en Inde on devient des pairs, lorsqu'on s'impose et qu'on résiste ? Serait-ce une course à qui se montre le plus fier ? Ne lui devais-je pas de respect moi, à cette dame ?
Mari-trésor avait analysé cela, de son intuition si brillante à l'occasion d'une autre anecdote : lui manquer de respect, ç'aurait peut-être été de m'effacer pour la laisser passer. Elle aurait trouvé ça indigne que je la prenne pour une impotente. Mais là, ma réaction et mon silence étaient son langage... Quelle chose étrange.
L'Inde est un paradoxe..... Nous parvenons à la queue pour notre compagnie de vol. A côté de nous une petite fille hurle dans sa poussette. Partout autour de nous, les bébés sont portés mais elle non ; elle est le produit d'une famille riche. Qu'elle hurle dans sa poussette. Sa mère, nonchalente elle aussi ? ou peut-être épuisée, remplit indifféremment les papiers. Je rage et je peste et trouve ça scandaleux. Une indienne laisse sa fille hurler dans une poussette.
Nous passons le check-in, je garde mon silence, ma fierté que m'inspire l'Inde. Je suis facilement imprégnée des ambiances. L'ambiance d'ici, c'est un paradoxe... ou peut-être, simplement quelque chose d'étrange. Enfin étrange pour nous, qui venons de l'Europe. Nous passons les contrôles et là, désespoir ! plus rien pour acheter de l'eau, ni rien à manger. C'est un comble être en Inde, 100 roupies en poche, et avoir si faim. Il faut attendre. Deux heures, peut-être... notre avion n'embarque qu'à une heure heure locale. J'ai faim, j'ai soif, je veux dormir. Il y a des tonnes de petits enfants, de bébés. C'est quoi ce binns, ils se sont donné rendez-vous ? Pile ce soir ? Serait-ce parce que notre avion sera le train des innocents ? Un scratch est-il donc prévu ? Cette idée me traverse l'esprit une seconde, étrange idée. Tout ça parce que je trouvais que nous étions beaucoup d'enfants. Tichapz dort encore. Qu'il devient lourd, cet enfant !
Adieu, Inde. Ce qui me rend un peu triste, c'est de ne te quitter qu'auprès des gens riches. Tu reste dans mon coeur, Inde, regarde ! je vais te raconter, petit à petit... chère Inde.





