* OraCo-T *

= L'Orange au Coeur du Tournesol, ;-) - - Site de jeune petite maman clown pouête, chouette, mistinguette et fi-philousophe : pour VIVRE, aimer, danser rire et chanter... louer. (on pourra parler des choses tristes aussi pass-ke-cé-la-vi.)

01 mars 2009

Intuitions de grossesse

Durant ma semaine de "rab" de grossesse et un peu avant, quand ma Princesse prenait le temps de préparer ses jolis ongles si longs qui m'ont fascinée lorsqu'elle est sortie de mon ventre,
j'ai eu le besoin intense de m'exprimer... A la fois je n'ose pas, et à la fois j'ai envie de vous livrer ces fulgurants instants. Je vous les livre surtout parce que, me les remémorant, ce sont des tas d'étoiles qui reviennent dans mes yeux...

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Maman-bébé dans l'utérus de la Sainte Vierge (18-19 VII 2008, sous la lune)

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Viens Saint Esprit (21 VII 2008, au soleil)

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Dans le Manteau de la Sainte Vierge (22-23 VII)

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Au Ciel et sur la terre (25 VII 2008)

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10 février 2009

Vérité ? Révélation, révélations

Dieu aurait pu tout écrire de manière supra-claire pour tous les hommes, de toute éternité et depuis toujours. On serait sans doute moins là, à se crêper le chignon. Mais cela n'aurait pas permis à chacun d'apporter sa créativité, sa quête, sa personnalité profonde. De faire sa propre petite révélation.

Dieu a décidé d'avoir besoin de toute l'Histoire et de tous les hommes pour arriver à ses fins. Derrière chaque liberté qui s'exerce pour son Amour, derrière chaque quête qui interroge le tréfond de notre capacité de comprendre, il y a ce désir de Dieu : que tous, nous ayons part à son Royaume ; que tous nous y écrivions notre page. Avec nos mots à nous.

Il y a cette lenteur - disons plutôt cette incapacité - de nos âmes à comprendre la vérité... Il y a aussi cette lenteur de l'humanité en marche, depuis des siècles et des millénaires... qui par ses entrailles profondes, par son amour fort et par son intelligence juste parvient à des intuitions très étonnantes, des lumières vives et profondes sur le plus vrai des choses ; et puis le mouvement va, et vient...

Depuis toujours la Chrétienté s'est amusée, partout où elle est allée, à récupérer les intuitions profondes propres à chaque culture, à tenter de rejoindre les mille et cents humanités qu'elle trouvait sur sa route. C'est comme cela qu'elle a pu prétendre à une telle dimension universelle... Aujourd'hui elle est un peu endormie, assommée par toutes ces attaques qui l'assaillent de part et d'autre du monde (et de l'intérieur d'elle-même). Elle ne peut pas ainsi se livrer en toute paix à un si beau travail. Elle doit surtout apprendre, par ce temps de grande pauvreté, tout un autre langage. Elle a perdu de sa grande assurance masculine d'antan...

Je crois qu'en ce moment il y a un mouvement très fort qui émerge et dont le moteur profond se trouve dans les délices de la nature des femmes. Depuis quelques semaines je suis habitée par cette histoire de féminité... (au cas où vous ne l'auriez pas encore compris ;-P) (en fait ça fait bien plus que quelques semaines, si j'y pense bien, cf mes délires de 2007, tiens comme de par hasard c'était la même période de l'année :-D) 

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Il y a par exemple l'histoire des Créatifs culturels qui m'a interloquée. Comme quoi un réel mouvement existe déjà, qui porte ce sentiment que les femmes (ou les valeurs des femmes) sont celles qui peuvent nous sortir des impasses du monde actuel.

Plus je cherche dans ce sens, plus je trouve de choses. Je médite sur la Femme Sauvage, les sorcières, les prêtresses païennes (y compris celles d'aujourd'hui hein)... Je tombe sur des sites pas catholiques... Je m'interroge sur l'ésotérisme.... mes yeux grands ouverts dans le noir voient de multiples choses et je cherche, je cherche, bref.... c'est le big gros méga chantier. ça tombe bien, ça me fait plaisir de bosser !

Enfin, il ne faudra pas vous étonner si, dans un futur proche, je me mets à vous bassiner la tête avec parler un peu d'une certaine Marie :-)

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01 février 2009

Quand le diable se déchaîne, grrrrrr

Vous avez peut-être entendu parler du "tollé" que fait pour l'Eglise et dans notre brave société, l'annonce de la levée d'excommunication des intégristes catholiques ? Non ?

Vous me direz peut-être que vous n'en avez pas grand chose à faire et je vous comprendrai parfaitement :-) mais permettez, j'ai juste besoin d'écrire mon avis quelque part, moi :-D

* * *

Resituage du contexte :

Cette semaine Benoit XVI Pape, chef des catholiques, a "levé l'excommunication" réalisée il y a vingt ans concernant notre communauté extrêmiste (les intégristes catholiques, donc). A l'époque leur supérieur, l'évêque Monseigneur Lefèvre, avait ordonné (contre l'autorisation du Pape) quatre nouveaux évêques.

Or Donc, c'est l'acte même de ces ordinations non autorisées qui, en 1988, réalisa l'excommunication. Pour expliquer le schmilblick, sachons que l'Eglise catholique n'excommunie pas comme ça quelqu'un facilement*. Il faut qu'il y ait un acte chez la personne dite excommuniée, qui pose la rupture claire et précise, et en connaissance de cause. (Oui, pour la mise en place d'un nouvel évêque, il faut une validation papale c'est féodal l'Eglise catholique :-P) Monseigneur Lefèbvre et les quatre évêques ordonnés savaient donc la conséquence de leurs actes....

Depuis, Monseigneur Lefèbvre est mort (paix à son âme) et ses "descendants", par la voix de leur supérieur actuel, Mgr Fellay (l'un des quatre évêques ordonnés à tord donc), ont exprimé au Pape leur regret (et leur souffrance) d'être à l'écart de cette autorité qu'ils considèrent tout de même légitime, descendante de saint Pierre et occupant le trône de Rome. D'où le terme d'Eglise catholique romaine, Bon je m'éparpille.

Face à ce regret ainsi exprimé, et parce que Benoît XVI a plusieurs raisons de le faire maintenant**, il a annoncé ce qu'on appelle la levée de l'excommunication : cela signifie que la porte qui s'était fermée devant les lefebvristes, à cause de leur acte autrefois, s'est réouverte par le regret qu'ils expriment et par la bienveillance paternelle du Pape - ou, pour partir dans des termes plus mystiques, par sa Miséricorde.

Cela ne veut absolument pas dire que le Pape est d'accord ou donne justification à tout ce que pensent ou disent ces évêques, en particulier ce pauvre Williamson assez taré pour affirmer face au monde qu'il n"y ait pas eu tant de juifs comme ça morts dans les chambres à gaz.

Alors, à tous ces journaleux (comme on dit) fumeux et ignorants, y compris de soi-disant catholiques, qui crient au scandale et à la honte pour ce Pape et pour toute la communauté catholique avec lui... Moi je dis : crotte de bique ! Bon elle s'emporte là. Zeeeen....

* * *

Analyse petiboutzienne de la chose :

C'est un peu compliqué, l'Eglise... c'est comme un Père (le Pape) qui aurait une famille très, très nombreuse, qui délèguerait donc d'autres pères (les évêques) pour prendre soin de tous les enfants de par le monde, avec pour chaque plus petite famille (une paroisse) un petit papa curé (pas noël cette fois-ci hi hi) - les prêtres, quoi.

Un des rôles importants du Grand Papa (le Pape) c'est de rassembler dans l'unité tous ces enfants bien-aimés. C'est la féodalité de l'Eglise qui, en quelque sorte, garantit cette unité. C'est le fait que tous les évêques s'inscrivent sous l'autorité du Pape et tous les prêtres (à peu près) sous celle d'un évêque. Bon.

Or comme vous devez bien le savoir, vous autres qu'êtes pas bêtes, l'unité, c'est pas simple à la base. C'est un beau rêve, une belle utopie même, mais pas simple. Pas simple de se sentir "frère" de celui avec qui on ne sent aucun point commun ou aucune longueur d'ondes commune, voire même pour lequel on éprouve un brun d'antipathie. C'est un travail sur soi aussi de se sentir frère de celui qui ne pense pas comme nous, parfois ; c'est difficile d'être frère avec celui qui n'a pas les mêmes attaches, les mêmes sensibilités, les mêmes modes de vie. Mais le plus difficile, c'est d'être "frère" de celui qui vous tape sur la tête en vous disant que vous avez tord, et que la seule manière de penser juste, c'est celle qu'il vous dit.

Le problème des intégristes, c'est un peu ça : une radicalisation à l'extrême qui rend le dialogue avec eux très délicat. Remarquez, je crois très intimement que les intégristes ne sont pas forcément là où on pense et toc.

Or Donc, le vrai problème n'est pas que Willy soit taré, bête ou psycho-rigide avec cette histoire de négationnisme ça on s'en fout en fait, il y en a bien d'autres hélas, dans l'Eglise, des tarés et des psycho-rigides. Et chacun son style hein. Je ne comprends pas pourquoi le négationnisme fait tant parler de lui étant donné tout ce que le monde entier sait aujourd'hui. C''est comme accorder du sens à
la parole d'un demeuré : bien de l'énergie pour pas grand chose.

C'est profondément triste parce que, évidemment, on aimerait une Eglise parfaite, ou plutôt une Eglise dans laquelle il n'y ait que des personnes parfaites. Mais voilà, le fait est que tous les chrétiens sont loins d'être parfaits, et quand ils en viennent à de tels contre-témoignages, c'est affligeant, MAIS ça ne veut pas dire que toute l'Eglise est mauvaise et devrait avoir hoooonte, ou que le message qu'elle donne ne vaut pas le détour. Euh je m'éparpille là. Tout ça pour dire que Willy a parfaitement le droit d'être con (comme dit mon cher papa), cela ne change rien à la vocation et à la nature de l'Eglise, et je vois pas pourquoi je devrais avoir honte moi. Non mais.

Le devoir d'unité

Le Pape Benoît XVI a eu à coeur de lever cette excommunication, non pas parce qu'il est d'accord avec les intégristes, mais parce qu'il est soucieux d'être un Grand Papa juste et fidèle à sa mission : "paître les brebis", rassembler les enfants de Dieu. Etre Enfant de Dieu c'est une grâce et, après tout, il ne nous appartient pas de juger si tel ou tel cinglé "psychorigide" l'est ou ne l'est pas (enfant de Dieu).

D'autant plus qu'il faut distinguer clairement 1°) ce qui est du domaine de la foi, et de l'appartenance spirituelle, de ce qui est 2°) du domaine des convictions politiques, des interprétations historiques, etc. Si "catholique" signifie "universel", cela peut inclure (bah voui....) un sacré nombre d'imbéciles (qu'ils soient de droite, de gauche, ou de nulle-part). C'est la foi qui nous rassemble, c'est le Christ Jésus, et peut-être (cela est un mystère : qui sommes-nous pour chicanner sur un mystère qui nous dépasse ??) qu'il faut de tout pour faire une Eglise.

Parenthèse anatomique :

L'Eglise, pour la foi chrétienne, est ce qui constitue à la fois le peuple de Dieu, et à la fois le Corps de Jésus. Alors  ? mystère. Peut-être que ceux qui constituent le genou gauche sont fêlés mais ils servent sans doute tout de même à quelque chose, quant à ceux qui forment la prostate, ils peuvent bien être coincés du c.. cela ne nous regarde pas hi hi :-D

L'unique espérance qui anime les croyants, c'est d'appartenir au corps du Christ, et ce qui serait bien, c'est qu'un jour ceux qui sont dans le genou arrêtent de gémir contre ceux de la prostate, et vice-versa. Et que ceux de l'épaule droite ne renchérissent pas non plus, hein. Appartenant à ce Corps, tels que nous sommes (psycho-rigides ou pas, et où que nous soyions dans ce corps) nous vivrons juste de l'Amour le plus grand et le plus fou...

Grand Papa

Vous avez quoi comme image du père, vous ? grande question hein.

Il se trouve que dans l'Eglise, le Pape a une mission très maternelle, du style qu'il ne peut pas dormir la nuit s'il sait qu'un seul de ses petits est au-dehors de la maison. C'est comme si les hommes, avec leurs divisions, s'amusaient à couper le Corps du Christ en petits bouts séparés et ça, pour le chef de l'Eglise, et pour les membres de l'Eglise qui sont un tantinet soit peu amoureux de Dieu, et bien ça fait mal. ça fait comme une douleur physique, quand on appartient à ce Corps, qu'une main ou même un doigt de pied soit coupé du reste. Aïïïïe.... Grand Papa... S'il te plait, répare-nous cette coupure, par pitié... Et même si ceux qui sont dans le doigt de pied sont des tarés. Cela dépasse toutes nos représentations humaines, parce qu'il s'agit juste du Corps de Celui qu'on aime.... (attention je deviens panthéiste cannibale moi, hi hi !!)

Tréfond de ma pensée

Pour en venir à là où je veux en venir, voilà.
J'ai été agacée, irritée, j'ai éprouvé de sérieux désirs de matagrabolisations à cause d'un tas de choses que j'ai lues, même (surtout) venant d'évêques ou de chroniqueurs cathos enfin bref... Je dois avoir une sorte de compréhension plus profonde de ces problèmes parce que j'y ai été confrontée de près, à ce désir d'unité. Un désir ardent, désespéré parfois, cette utopie à laquelle j'ai continué de croire... Je dois avoir cette compréhension parce que je l'expérimente chaque jour dans cette petite église que je forme par mon mariage avec Mari-trésor. C'est une grâce, alors je ne vais pas leur jeter de pierre.

Enfin tout ça pour dire... Pour reprendre le premier mot d'un évêque cherchant à justifier Benoit XVI "A qui le crime profite ?" Je ne vais pas répondre, comme lui, "à Williamson" parce que c'est plus que grotesque franchement... Mais au diable, ha oui, cet espèce de pas content, voilà. Le grand Diviseur. N'y a que lui pour se délecter de tant d'imbécillités, de tant de divisions, alors même que ce brave vicaire du Christ qu'on a pour Pape fait son devoir et remplit humblement sa tâche. Dingue que les croyants ne voient pas cela. Porte bien son nom, le grand diviseur, peut s'appeler aussi le grand bêtifiant. Dieu m'en préserve. Je lui tire un Crotte de bique. (sans présomption hein, juste parce que ça m'énerve). Et puis bon, il peut toujours être pas content celui-là hein : de toutes façons il n'aura pas le dernier mot. Là.

* * *

*Je ne saurais dire mieux les mots que ceux-ci : "l’excommunication n’est pas destinée à « chasser » celui qui l’encourt (pas plus que le Christ, l’Église ne rejette personne), mais à le mettre en face de la déchirure qu’il a provoquée et à l’inciter à s’engager dans la voie inverse." Source, l'excellent article que j'ai lu par là et qui conclut bien mieux que moi... ;-)

**Une ou deux petites raisons pour lesquelles Benoît XVI lève l'excommunication maintenant :

First, because ça le tient tout particulièrement à coeur étant donné que c'était lui qui fut chargé de la mission d'empêcher Mgr Lefebvre de commettre l'acte de séparation, et qu'à l'époque, puisque l'acte a eu lieu, ce fut un échec. Mettez-vous à sa place d'homme d'Eglise et d'unité... vingt ans avec un doigt coupé, si on voit qu'il y a l'ombre d'un espace de réparation possible (réalisé à travers la peine exprimé officiellement par Mgr Fellay), et bien on n'hésite pas hein. Parce qu'il faut savoir : un doigt coupé, normalement, ça finit avec une plaie qui cicatrise. Mais là, non. Toute division, toute plaie béante dans l'Eglise continue de saigner, alors aïe hein. A force.

Deuxio, le schisme a eu lieu en 1988. Moi ça va, j'étais déjà née (bien qu'assez petite). Or depuis ce temps-là, il y en a plein d'autres qui sont nés, et qui n'ont connu la foi qu'au travers de leur division ou de leur séparation d'avec Grand Papa. Or la vie est ainsi : plus on attend, plus le clivage culturel fait que le recollage du doigt de pied devient compliqué. Si Grand-Papa n'ouvre pas la route d'une réconciliation maintenant, elle pourrait risquer de devenir plus ardue encore. Voilà, c'est à peu près tout.

:-)

(quoi z'avez tout  lu ?? chapeau !!)

31 mars 2007

Le sacré et le quotidien

J'en ai déjà parlé : dans mon quotidien italien, sur la blogosphère, sur le réseau de l'araignée virtuelle aussi, je cours, je cours, cours et cours sans cesse. Pas une seconde pour me poser, trop de choses à voir, découvrir, penser, retrouver.
Je cours et puis, moi-même, il m'arrive de me sentir prise par un vent qui n'est pas forcément le mien. Influençable peut-être, peut-être, peur des qu'en-dira-ou-pensera-t-on, surtout.

J'ai déjà dit mes craintes sur tout cela. Aujourd'hui je voudrais me lancer dans ma Soif : sans retour, de plein coeur, de plein fouet. Je livre là ce qui est le plus important pour moi. Je voudrais le faire, oh, avec pudeur... délicatesse, et pour que cela puisse parler aussi à ceux qui ne connaissent pas ou peu Celui que j'aime par-dessus tout.

Méditons-dimanche alors, dans l'aube de ce samedi qui se lève...

Il y a un lieu sur la terre où le quotidien se mêle au sacré profond.
Je suis intriguée par les personnes qui, sans avoir d'autre foi que l'amour de la vie et de la nature, vivent parfois ces expériences mystiques qui tiennent au sacré. L'ésotérisme en est plein, l'ambiance de libre spiritualité et des choses simples en regorge. Chacun de nous peut se sentir transporté par la puissance de l'amour, la puissance de la vie, la puissance de tant de beauté dans les choses et le monde.

Je me demande souvent, dans mon exil, ce qui distingue ces personnes de moi - ce qui distingue les personnes qui n'ont pas d'autre foi que celle de l'amour, de la vie, de la beauté qui les environnent - de moi.

Car moi, avec ma petite foi catholique, qu'ai-je de plus ? mieux ? différent ? A quoi cela me sert-il, ne me dessert-il pas plutôt ? Ah-ah, catholique*, ce que c'est restreint....

Pourquoi m'y tenir alors ?

Il y a un lieu sur la terre où le quotidien se mêle au sacré profond.
A la messe, quand un homme avec son quotidien prononce des paroles sacrées, précisément, devant une assemblée de personnes dans leur quotidien, il se passe une rencontre inaliénable. Un déchirement du Ciel si lointain, qui vient se planter là sur l'autel, comme une fusée - mais il ne fait pas de bruit...

Que l'on croit ou non, de toutes façons, il faut bien croire en quelque chose : le bon sens du coeur et de l'âme savent bien que ce bas-monde est vain. Que nos échecs, nos limites, les peines et imperfections de ce monde ne correspondent pas, pas, pas à ce pour quoi nous sentons bien que nous sommes faits. Nous ne pouvons bâtir de monde meilleur, si nous n'avons pas la foi, au fond, que nous sommes faits pour quelque chose de meilleur... Sans quoi nous serions là simplement, béants, à nous désespérer, c'est si facile le désespoir, cela vient si promptement. Le monde semble tellement, tellement, tellement résister à nos quêtes... Tellement et d'une manière si vile, si lâche et dans de toutes simples petites choses (je rate le bus / j'ai une amende / je me suis coupé le doigt /...) autant que jusque dans les grandes guerres atroces.
La mort elle-même, nous ne pouvons y croire. La mort n'est pas tolérable et tous, si nous y regardons bien au fond du vrai de nous, tous nous la refusons au plus profond. Nous savons bien que l'amour, la vie, la beauté doivent bien être plus forts que tout cela. Mais nous ne savons pas comment.

Un déchirement du Ciel si lointain...
J'ai une fusée d'amour qui me fait vivre. Dimanche après dimanche, si discrètement. Il fut un temps de ma ferveur où j'en mangeais tous les jours, qu'il était bon, ce temps ! mon désert actuel me sert à creuser mieux mon coeur, je le sais, et pourtant.

Ô, déchirement du Ciel ô, fusée douce d'Amour ô, ce moment si intense où ta grandeur, Dieu, vient dans un petit bout de pain pour te donner à moi.

Déchirement du Ciel.
Comment dire ? ...
...Toute ma quête, toute mon attente, toute ma soif se trouvent enfin nourris, enfin comblés. Les horreurs, les piqûres du quotidien comme les plus atroces souffrances sont intégralement récupérées, offertes, rendues saintes, brillantes de clarté et de lumière... Les haines sont assumées pour devenir de l'amour... Le sang versé de toute éternité se trouve là, offert, comme la plaie la plus béante de la Terre qui peut enfin trouver un sens, enfin trouver un sens, dans ces méandres de nos humanités qui ont perdu tantôt le coeur, tantôt la raison. Les larmes du monde entier s'habillent de salut, la masse quotidienne et la masse d'horreurs du monde revêtent un vêtement blanc. Un vêtement blanc, d'amour et de sang. Un vêtement qui nous emmène au plus saint des saints lieux, là où nous ne savons pas ce qui est, mais là où tout n'est que ce après quoi nous aspirons, de tout notre être. Là où tout ce qui fait notre quête se trouve vraiment, et sans aucune tâche.

Déchirement du Ciel et fusée d'Amour.
Il y a un lieu sur la terre où le quotidien se mêle au sacré profond... c'est un lieu doux-tendre, que l'on trouve encore dans quelques églises, quelques dimanches, parfois...**

* "Catholique", à l'origine, est un mot grec qui signifie "universel"... ... ...
** Mais hélas, il faut comprendre une chose un peu complexe : car le sacré, là, vient se fondre précisément quand un homme, avec son quotidien, prononce des paroles devant une assemblée de personnes, dans leur quotidien... Avec ce que cela engage de triste, terne, même désagréable, parfois.

Merci, pourtant, ô Ciel qui se déchire...

13 avril 2006

Notre chair qui est aux cieux (Fabrice Hadjadj*)

Un article publié dans la rublique "Opinions" du Figaro, le 13 avril 2006 :

La résurrection de la chair ! Déjà qu'il est difficile de croire à l'immortalité de l'âme, comment prêter crédit à cet article de la foi juive et chrétienne ? C'est de la naïveté : on a trop peur de perdre sa carcasse. C'est de la cruauté : nous river pour toujours à cette glèbe, à cette pesanteur ! Une noble pensée grecque estimait que le corps était un tombeau : la résurrection pour elle serait une inhumation sans espoir. Quant à l'hindouisme, il juge non seulement que notre corps actuel est de peu de valeur, puisque, d'une vie à l'autre, nous pouvons en changer comme de chemise, mais aussi que le nirvana consiste à échapper au cycle des réincarnations : la résurrection pour lui serait un emprisonnement irrémédiable.

Pour la religion athée, enfin, c'est une impiété terrible : on irait là d'une part contre le dogme du néant, et, d'autre part, contre le credo de l'indéfinie pourriture. Ne voit-on pas que notre viande est vouée à la cendre ou aux vers ? Est-ce qu'il ne saute aux yeux qu'à la fin il ne reste que des os qu'aucun chien ne voudrait et dont on ne peut envier de plus beau sort que de servir à l'anatomie des facultés de médecine, ou bien d'être exposé, dans quelques siècles, en la vitrine d'un Musée de l'homme, remplacé depuis par une espèce plus performante ?...

Or, le judaïsme, le christianisme nous parlent quand même de retourner à la chair, comme s'ils nous disaient, contre toute attente, que l'homme forme un tout indéchirable et que plus il est spirituel, plus il se doit d'être charnel aussi. Le libertin ne va pas aussi loin : de sa chair, il ne fait qu'un instrument de plaisirs. Le matérialiste n'y est pas si attaché : il la réduit à un objet de consommation. La cover-girl elle-même ne la chérit pas autant : elle l'aplatit en une affiche publicitaire. L'Évangile seul a cette audace d'y reconnaître un Temple de l'esprit. On comprend que ce soit un scandale.

Au fond, si on y réfléchit un peu, cette croyance en la résurrection a de quoi nous mettre en rage, nous faire trembler même. Les gnostiques le savaient bien : à dissocier la chair et l'esprit, les choses sont plus faciles. Selon la secte, les uns pouvaient livrer leur corps à la débauche, les autres à d'effroyables mortifications, sans préjudice, pensaient-ils, pour la fine pointe de leur âme, toujours unie à l'éternel. Mais la mortification haineuse rejoint la débauche lénifiante (qui veut faire l'ange fait la bête) : les uns et les autres considèrent le corps comme une défroque. Ils pensent que l'on peut tremper par un bout dans le Ciel tandis que par l'autre on trempe dans la fange. C'est pourquoi, puritains ou luxurieux, ils ne peuvent que se cabrer devant ce verset de saint Paul : «Le corps est pour le Seigneur, et le Seigneur pour le corps» (1 Co 6,13).

L'apôtre exhorte ici, si j'ose dire, à une authentique position du missionnaire, à un érotisme de feu. Notre chair, selon ses mots, doit devenir l'ostensoir de l'amour. Énorme exigence ! Quand nous mastiquons notre pain, quand nous marchons dans la rue, et jusque quand nous allons aux toilettes (saint Augustin, dit-on, y chantait les psaumes des montées), nous avons à charge d'y faire resplendir justice et vérité. Notre gros orteil, en nous portant vers le pauvre, a soudain quelque chose de divin. Nos poumons ont pour vocation de servir le mystère du souffle, de dire le poème de la respiration. Nos vessies mêmes peuvent devenir lanternes, pour peu que nous ayons bu à la bonne parole. Quant à nos mains, ces mains qui tiennent le journal, leur tâche est de se tendre, de se joindre, de se donner, enfin de vivre leur vie de colombes spirituelles. Comment, sachant cette merveille qui nous appelle, ne nous sentirions-nous pas encore affreusement lourds ?

Il faut ajouter deux remarques. La première, c'est que la notion de résurrection, à la différence de celle d'immortalité de l'âme, implique la nécessité de la mort. Il faut être mort pour pouvoir ressusciter : dénier la mort c'est dénier la possibilité de s'en relever. Or, il est probable que nous avons peur de la résurrection, non seulement parce que nous sentons l'exigence morale qu'elle implique dès à présent, mais aussi parce que nous ne voulons pas regarder en face la fatalité du trépas.

La seconde remarque relie ces deux perspectives : le Christ ressuscite avec ses plaies. La splendeur de la gloire assume l'obscurité de la blessure. On peut même dire que c'est à travers la blessure que passe la lumière. Comment saisir ce paradoxe où la mutilation devient source de beauté ? C'est que la gloire est toujours celle du combat pour la justice. L'auréole sera d'autant plus lumineuse qu'ici-bas l'on aura lutté dans les ténèbres ; la chair sera d'autant plus belle qu'elle aura été mise au service de la miséricorde, quitte à devoir en subir le supplice des cent plaies. L'esprit peut transfigurer toutes les difformités, l'absence d'esprit, défigurer toutes les beautés plastiques. Un handicapé brisé dans son fauteuil, rayonne plus, par sa patience, que le top model qui s'exhibe par vanité. Et l'obèse qui aura porté son ventre comme sa croix le verra briller devant lui comme un astre de lumière.

De fait, tous les corps aspirent à leur résurrection. En nous, ça y croit, même si nous n'y croyons pas. La preuve, c'est que dès que nous cessons d'y tendre, nous nous mettons à la chercher sous des formes parodiques et dégradées. On voudra s'embaumer vivant par la chirurgie esthétique. On cherchera, par l'eugénisme, à fabriquer le corps parfait. On s'efforcera, par le virtuel, d'oublier son propre corps avachi sur son siège au profit de ce cybercorps qui semble au-delà des limites de l'espace et du temps, alors qu'il s'enfonce dans la binarité d'une puce. De plus en plus on s'en aperçoit, notre pauvre chair humaine nous place à une charnière : il faut qu'elle se laisse ou bien transfigurer par l'esprit, ou bien défigurer par la technique. La fête de Pâques nous demande de choisir.

* Philosophe, essayiste et dramaturge, il enseigne la philosophie et la littérature en lycée, en faculté et au séminaire de Toulon, auteur de Réussir sa mort. Anti-méthode pour vivre (Presses de la Renaissance), grand prix catholique de littérature 2006.

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