22 juin 2009
Conte à quinze
Hier et avant-hier, j'ai participé pour la deuxième fois à un week-end de formation pour devenir "Educatrice en Prénatal" (il n'y a pas d'école de ce genre en France, à ce que je sache, mais il y a ce site que vous pouvez visiter pour comprendre un minimûme de quoi il s'agit).
Je ne vais sans doute pas faire tout le parcours de formation puisque je l'ai rejoint en cours de route cette année, que rien ne dit que je sois capable de passer les examens en italien, et que rien ne dit que je serai encore ici l'année prochaine.
Ceci dit, je suis éblouie et heureuse quand je reviens de ces rencontres, où certes j'apprends des choses, mais surtout où il se vit des expériences merveilleuses sur le plan du "groupe". Car, comme dans beaucoup de groupes de formations, nous faisons des exercices qui souvent parlent extrêmement fort... Je vous redonnerai peut-être d'autres éléments dans les messages à venir, mais pour l'instant, je voulais vous partager un exercice fantastique : nous devions raconter l'histoire d'un homme et d'une femme qui se rencontrent, ont le désir d'avoir un enfant, et leur parcours, la naissance, tout ça. Chacun(e) de nous en écrivait les deux premières lignes sur une feuille blanche, puis la passait à sa voisine qui écrivait les lignes suivantes, et ainsi de suite jusqu'à retrouver notre ouvrage commencé, cette fois pour écrire les dernières lignes.
Une expérience détonnante : d'abord, parce que je n'étais pas du tout contente de trouver autre chose que ce que j'avais (même très secrètement) espérer trouver, et ensuite, parce que relisant l'ensemble, j'ai été saisie, transportée et comblée par les symboles qui s'enchaînent et se nourrissent les uns les autres, peut-être irrationnellement (et ho on vous demande pas d'être logique, non plus, c'est un conte !) mais avec tant de résonnance dans ma propre vie... Voilà, je vous livre le bébé, je ne sais pas si vous le trouverez aussi génial que moi, mais... c'est l'ouvrage de quinze personnes inspirées !! yallah !!

Il était une fois une femme de trente-six ans qui cherchait désespérément à se marier. Elle habitait dans un bois fleuri. Un jour, un prince d'une rare beauté passa près de l'endroit où elle vivait, il cherchait un lieu où passer la nuit.
Le prince se demandait : vaut-il mieux chercher une auberge cinq étoiles ou bien dormir sur la plage, couvert très simplement par la royale voûte céleste ?
Mais soudain le prince aperçu la jeune femme et ses attentes disparurent. Elle était là, accueillante et chaleureuse...
Au cours de la nuit, sur la clairière fleurie, les arbres se courbèrent afin que les étoiles n'aient pas à rougir !
Ha, les étoiles...
L'une d'entre elles était une comète ; à peine exprimait-elle un désir que la vie était déjà en la jeune femme, elle qui jusqu'à cet instant avait cru qu'elle ne pouvait avoir d'enfant.
De l'étoile comète à l'étoile filante... Filant, tombant jusque dans le coeur de la vie.
Et lui, tandis qu'il la voyait se transformer, se demanda s'il l'avait déjà aimée de toute éternité, ou si c'était un amour furtif... L'émotion finit par envahir son coeur et il comprit alors qu'il l'avait aimée profondément, qu'il l'aimait même, désormais, bien plus qu'avant. De cet amour qui se transforme pour devenir accueil...
Neuf mois passèrent ; elle, passant son temps à construire le nid et à nourrir son petit avec des histoires, des chansons, des livres, des étoffes douces et des peaux de brebis ; lui à assembler les branches pour offrir un repaire à la famille qui était en train de se construire.
Sous un arbre, sur l'herbe, naquit une merveilleuse petite fille. Ce fut un accouchement très doux, et les oiseaux accueillirent la nouvelle créature, avec le plus beau chant qu'ils connaissaient.
...Et ils l'appelèrent Flamme, comme le feu de la passion qui l'avait engendrée et comme cette fin qui, un jour d'octobre, l'attendait.
On dit alors que Flamme était la princesse des bois et des étoiles : et toute la nature se réjouit de sa naissance, et la lumière du soleil brilla toujours pour elle.
10 février 2009
Vérité ? Révélation, révélations
Dieu aurait pu tout écrire de manière supra-claire pour tous les hommes, de toute éternité et depuis toujours. On serait sans doute moins là, à se crêper le chignon. Mais cela n'aurait pas permis à chacun d'apporter sa créativité, sa quête, sa personnalité profonde. De faire sa propre petite révélation.
Dieu a décidé d'avoir besoin de toute l'Histoire et de tous les hommes pour arriver à ses fins. Derrière chaque liberté qui s'exerce pour son Amour, derrière chaque quête qui interroge le tréfond de notre capacité de comprendre, il y a ce désir de Dieu : que tous, nous ayons part à son Royaume ; que tous nous y écrivions notre page. Avec nos mots à nous.
Il y a cette lenteur - disons plutôt cette incapacité - de nos âmes à comprendre la vérité... Il y a aussi cette lenteur de l'humanité en marche, depuis des siècles et des millénaires... qui par ses entrailles profondes, par son amour fort et par son intelligence juste parvient à des intuitions très étonnantes, des lumières vives et profondes sur le plus vrai des choses ; et puis le mouvement va, et vient...
Depuis toujours la Chrétienté s'est amusée, partout où elle est allée, à récupérer les intuitions profondes propres à chaque culture, à tenter de rejoindre les mille et cents humanités qu'elle trouvait sur sa route. C'est comme cela qu'elle a pu prétendre à une telle dimension universelle... Aujourd'hui elle est un peu endormie, assommée par toutes ces attaques qui l'assaillent de part et d'autre du monde (et de l'intérieur d'elle-même). Elle ne peut pas ainsi se livrer en toute paix à un si beau travail. Elle doit surtout apprendre, par ce temps de grande pauvreté, tout un autre langage. Elle a perdu de sa grande assurance masculine d'antan...
Je crois qu'en ce moment il y a un mouvement très fort qui émerge et dont le moteur profond se trouve dans les délices de la nature des femmes. Depuis quelques semaines je suis habitée par cette histoire de féminité... (au cas où vous ne l'auriez pas encore compris ;-P) (en fait ça fait bien plus que quelques semaines, si j'y pense bien, cf mes délires de 2007, tiens comme de par hasard c'était la même période de l'année :-D)

Il y a par exemple l'histoire des Créatifs culturels qui m'a interloquée. Comme quoi un réel mouvement existe déjà, qui porte ce sentiment que les femmes (ou les valeurs des femmes) sont celles qui peuvent nous sortir des impasses du monde actuel.
Plus je cherche dans ce sens, plus je trouve de choses. Je médite sur la Femme Sauvage, les sorcières, les prêtresses païennes (y compris celles d'aujourd'hui hein)... Je tombe sur des sites pas catholiques... Je m'interroge sur l'ésotérisme.... mes yeux grands ouverts dans le noir voient de multiples choses et je cherche, je cherche, bref.... c'est le big gros méga chantier. ça tombe bien, ça me fait plaisir de bosser !
Enfin, il ne faudra pas vous étonner si, dans un futur proche, je me mets à vous bassiner la tête avec parler un peu d'une certaine Marie :-)
31 mars 2007
Le sacré et le quotidien
J'en ai déjà parlé : dans mon quotidien italien, sur la blogosphère, sur le réseau de l'araignée virtuelle aussi, je cours, je cours, cours et cours sans cesse. Pas une seconde pour me poser, trop de choses à voir, découvrir, penser, retrouver.
Je cours et puis, moi-même, il m'arrive de me sentir prise par un vent qui n'est pas forcément le mien. Influençable peut-être, peut-être, peur des qu'en-dira-ou-pensera-t-on, surtout.
J'ai déjà dit mes craintes sur tout cela. Aujourd'hui je voudrais me lancer dans ma Soif : sans retour, de plein coeur, de plein fouet. Je livre là ce qui est le plus important pour moi. Je voudrais le faire, oh, avec pudeur... délicatesse, et pour que cela puisse parler aussi à ceux qui ne connaissent pas ou peu Celui que j'aime par-dessus tout.
Méditons-dimanche alors, dans l'aube de ce samedi qui se lève...
Il y a un lieu sur la terre où le quotidien se mêle au sacré profond.
Je suis intriguée par les personnes qui, sans avoir d'autre foi que l'amour de la vie et de la nature, vivent parfois ces expériences mystiques qui tiennent au sacré. L'ésotérisme en est plein, l'ambiance de libre spiritualité et des choses simples en regorge. Chacun de nous peut se sentir transporté par la puissance de l'amour, la puissance de la vie, la puissance de tant de beauté dans les choses et le monde.
Je me demande souvent, dans mon exil, ce qui distingue ces personnes de moi - ce qui distingue les personnes qui n'ont pas d'autre foi que celle de l'amour, de la vie, de la beauté qui les environnent - de moi.
Car moi, avec ma petite foi catholique, qu'ai-je de plus ? mieux ? différent ? A quoi cela me sert-il, ne me dessert-il pas plutôt ? Ah-ah, catholique*, ce que c'est restreint....
Pourquoi m'y tenir alors ?
Il y a un lieu sur la terre où le quotidien se mêle au sacré profond.
A la messe, quand un homme avec son quotidien prononce des paroles sacrées, précisément, devant une assemblée de personnes dans leur quotidien, il se passe une rencontre inaliénable. Un déchirement du Ciel si lointain, qui vient se planter là sur l'autel, comme une fusée - mais il ne fait pas de bruit...
Que l'on croit ou non, de toutes façons, il faut bien croire en quelque chose : le bon sens du coeur et de l'âme savent bien que ce bas-monde est vain. Que nos échecs, nos limites, les peines et imperfections de ce monde ne correspondent pas, pas, pas à ce pour quoi nous sentons bien que nous sommes faits. Nous ne pouvons bâtir de monde meilleur, si nous n'avons pas la foi, au fond, que nous sommes faits pour quelque chose de meilleur... Sans quoi nous serions là simplement, béants, à nous désespérer, c'est si facile le désespoir, cela vient si promptement. Le monde semble tellement, tellement, tellement résister à nos quêtes... Tellement et d'une manière si vile, si lâche et dans de toutes simples petites choses (je rate le bus / j'ai une amende / je me suis coupé le doigt /...) autant que jusque dans les grandes guerres atroces.
La mort elle-même, nous ne pouvons y croire. La mort n'est pas tolérable et tous, si nous y regardons bien au fond du vrai de nous, tous nous la refusons au plus profond. Nous savons bien que l'amour, la vie, la beauté doivent bien être plus forts que tout cela. Mais nous ne savons pas comment.
Un déchirement du Ciel si lointain...
J'ai une fusée d'amour qui me fait vivre. Dimanche après dimanche, si discrètement. Il fut un temps de ma ferveur où j'en mangeais tous les jours, qu'il était bon, ce temps ! mon désert actuel me sert à creuser mieux mon coeur, je le sais, et pourtant.
Ô, déchirement du Ciel ô, fusée douce d'Amour ô, ce moment si intense où ta grandeur, Dieu, vient dans un petit bout de pain pour te donner à moi.
Déchirement du Ciel.
Comment dire ? ...
...Toute ma quête, toute mon attente, toute ma soif se trouvent enfin nourris, enfin comblés. Les horreurs, les piqûres du quotidien comme les plus atroces souffrances sont intégralement récupérées, offertes, rendues saintes, brillantes de clarté et de lumière... Les haines sont assumées pour devenir de l'amour... Le sang versé de toute éternité se trouve là, offert, comme la plaie la plus béante de la Terre qui peut enfin trouver un sens, enfin trouver un sens, dans ces méandres de nos humanités qui ont perdu tantôt le coeur, tantôt la raison. Les larmes du monde entier s'habillent de salut, la masse quotidienne et la masse d'horreurs du monde revêtent un vêtement blanc. Un vêtement blanc, d'amour et de sang. Un vêtement qui nous emmène au plus saint des saints lieux, là où nous ne savons pas ce qui est, mais là où tout n'est que ce après quoi nous aspirons, de tout notre être. Là où tout ce qui fait notre quête se trouve vraiment, et sans aucune tâche.
Déchirement du Ciel et fusée d'Amour.
Il y a un lieu sur la terre où le quotidien se mêle au sacré profond... c'est un lieu doux-tendre, que l'on trouve encore dans quelques églises, quelques dimanches, parfois...**
* "Catholique", à l'origine, est un mot grec qui signifie "universel"... ... ...
** Mais hélas, il faut comprendre une chose un peu complexe : car le sacré, là, vient se fondre précisément quand un homme, avec son quotidien, prononce des paroles devant une assemblée de personnes, dans leur quotidien... Avec ce que cela engage de triste, terne, même désagréable, parfois.
Merci, pourtant, ô Ciel qui se déchire...
07 mars 2007
La vague
Flux et reflux.
Elle vient et te traverse, mais c'est plus qu'une traversée. C'est un élan aveuglé. C'est une source qui te projette en toi-même. Hors de toi-même ?
...C'est une épine intense, immense qui lance sa douleur en ta chair et qui ne sait pas s'en aller.
Alors que fais-tu. Comment la gérer ?
Il existe deux sortes de mouvements de la vague. Ou plutôt, plusieurs strates de mouvements.
Il y a la vague de détresse qui ne veut pas guérir.
Il y a la vague de détresse qui souffre et qui voudrait guérir. (L'autre vague aussi souffrait mais elle aimait sa souffrance... étrangement).
Et c'est là, là que l'on ne sait que faire.
La vague est pleine, entière, envahissante, on sent bien qu'elle nous a saisi mais que faire ?
Si l'esprit dit à la vague : "TAIS-TOI ! Tu te trompe de réel, tu ne dois pas parler", alors la vague peut se taire mais le coeur bizarrement devient dur... Ou alors la vague lutte au point de mépriser l'esprit, elle méprise ou s'attriste de tous ceux qui viennent autour d'elle pour faire parler l'esprit.
Mais si la vague est livrée à elle-même là aussi, c'est un puits sans fond. La vague envahit tout sur son passage. Qu'elle soit joie, qu'elle soit peine, elle est vague : l'eau pénètre partout.
Certes il me faut prendre conscience que je suis dans une vague qui m'emporte, mais alors ? Et ensuite ? Et qu'en faire ?
Car j'ai dit que l'esprit ne servait à rien pour la vague. Il ne sert à rien de raisonner lorsque l'on parle à de l'eau. Et combien puissante est cette eau, bien souvent...
Non, rien ne sert de raisonner car en vérité, la vague a simplement besoin de s'EPANCHER.
Pour s'épancher il lui faut trouver quelque chose qui résiste et qui accueille : comme un roc. La vague vient s'épancher contre le rocher qui boit ses larmes tout en restant fort, et rocher.
La vague a besoin d'un coeur fort qui boit les larmes et s'en laisse un peu tailler. Et ainsi elle s'épanche, pleure tout son saoûl, puis retourne et revient en elle-même. Et se calme.
La vague a besoin de se prendre elle-même avec douceur, tendresse, bonté... de trouver ce que l'on appelle la miséricorde : la misère dans son coeur...
La vague a besoin de recueillir avec compassion douce la misère qui habite son coeur.
Ayant recueilli les larmes de sa faiblesse, les ayant présentées au Roc infaillible qui est Amour, elle pourra porter son fruit. Elle sera capable d'accueillir aussi les larmes et la misère des autres. Elle se réouvrira enfin à la réalité du monde.
Ainsi, elle continuera de devenir cette vague de beauté et d'intensité qui veut toujours grandir...
Une vague qui est soif, soif, soif de grandeur et de poésie
Soif de la Vraie Demeure
Soif de l'éternité
Et qui rejoindrait enfin
la vie divine en Dieu...
23 janvier 2007
Le pot fêlé
Un joli texte que je rapporte de chez Angèle : (bon oui c'est vrai c'est du récupérage facile mais c'est mieux que rien en ce moment je... manque de temps !)
Une vieille dame chinoise possédait deux grands pots, chacun suspendu au bout d'une perche qu'elle transportait appuyée derrière son cou.

Un des pots était fêlé alors que l'autre pot était en parfait état et rapportait toujours sa pleine ration d'eau.
À La fin de la longue marche, du ruisseau vers la maison, le pot fêlé n'était plus qu'à moitié rempli d'eau.
Tout ceci se déroula quotidiennement pendant deux années complètes et la vieille dame ne rapportait chez elle qu'un pot et demi d'eau.
Le pot intact était très fier de son oeuvre mais le pauvre pot fêlé, lui, avait honte de ses propres imperfections et se sentait triste.
Il ne pouvait faire que la moitié du travail pour lequel il avait été créé.
Après deux années de ce qu'il percevait comme un échec, il s'adressa un jour à la vieille dame, alors qu'ils étaient près du ruisseau. « J'ai honte de moi-même, parce que ma fêlure laisse l'eau s'échapper au retour vers la maison. »
La vieille dame sourit : « As-tu remarqué qu'il y a des fleurs sur ton côté du chemin, et qu'il n'y en a pas de l'autre côté ? J'ai toujours su à propos de ta fêlure, donc j'ai semé des graines de fleurs de ton côté du chemin, et chaque jour, lors du retour à la maison, tu les arrosais. Pendant deux ans, j'ai pu ainsi cueillir de superbes fleurs pour décorer la table. Sans toi, étant simplement tel que tu es, il n'aurait pu y avoir cette beauté pour agrémenter la maison».

Merci, madame chinoise ! ...
16 novembre 2006
Un peu de repos (ps22 / St Ignace)
Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d'herbe fraîche,
il me fait reposer.
Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l'honneur de son nom.
Si je traverse les ravins de la mort
je ne crains aucun mal
car tu es avec moi :
ton bâton me guide et me rassure.
Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.
Grâce et bonheur m'accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j'habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours...
* * *
Une manière de prier très REPOSANTE... selon St Ignace (merci Maman)
1°) M'installer dans un lieu où je me sente bien
2°) Considérer (lentement, doucement, un tout petit peu longuement) comment Dieu me regarde
3°) Demander à Dieu ce que je veux... (désire ? cf. "Que veux-tu que je fasse pour toi")
4°) Dire : "Que toutes mes actions, mes pensées, mes opérations, servent à ta Gloire, Dieu notre Père
5°) Coeur à coeur.
23 octobre 2006
Pourkoi on est d'un autre monde, post scriptum
* * *
Ô ... Profondeur ??
Les vies humaines sont si profondes, les coeurs humains si mystérieux, ce n'est pas tout de le dire. Peut-être que personne n'en parle - parce qu'aujourd'hui on se doit d'être rapide et sympa, peut-être ? mais surtout parce que c'est si dur à livrer, des profondeurs... elles ont besoin d'être gardées secrètes... Personne n'en parle ou peu, à traits tirés, pudiques et tout en finesse. C'est étonnant pourtant de voir tous ces parcours... dont il faudrait écrire des milliers de livres...
"Il vivait seul. Non pas seul, mais hanté par sa douleur à un point que peut-être personne ne pouvait soupçonner. On vit aux côtés de ceux qu'on aime et on ignore encore leur fond intérieur... Personne ne pouvait soupçonner. Depuis 15 ans un fantôme enlassait sa vie, un fantôme d'amour et de douleur, quelque chose à guérir un jour. Rien ne pouvait être plus pareil. Rien ne pouvait être plus pareil, depuis ce temps intense et froid, depuis cet événement sombre où il était parti jouer... depuis ce mensonge effroyable dans son âme... la mort de son père.
"On savait qu'il était mort, son père. On savait bien aussi que cela le faisait souffrir toujours. Mais on ne pouvait comprendre pourquoi et l'on ne pouvait mesurer à quel point...
C'est qu'on ne lui avait pas dit. On avait fait de sa vie un mensonge, une fausse illusion, une inhumaine négation. On l'avait empêché de comprendre, empêché de saisir : il est mort. Depuis, sa vie avait déraillé. Sa vie toute entière avait déraillé, une boule vide. Ce n'était plus l'enfance, ce n'était plus la réalité. C'était un songe triste, alcoolisé. Une douleur que personne ne lui avait permis de nommer. Un raté sans nom. Une blessure de tout ce qu'il aurait dû devenir et qu'il avait perdu, en un instant.
"Mais elle surgissait là tout à coup, frémissante, impatiente de dire enfin tout ce qu'elle devait dire. C'était une douleur qui le réduisait sans crier gare à cette enfance qu'on lui avait volée, "on ne m'avait pas dit ! on ne m'avait rien dit ! Personne, personne ne m'a dit..." Une douleur qui jusqu'alors ne s'était traduite qu'en dureté. Une douleur qu'on l'avait empêché de vivre en lui disant : il n'y a rien. Va jouer. Depuis, toutes les douleurs n'avaient rien été. Face à toute douleur, il suffisait de jouer.
Elle éclatait avec plus de force, plus de rage, plus de drame. C'était un drame d'enfant. Un drame de toute une vie, pourtant. "Mensonge, mensonge, mensonge ! Non, ma douleur ne fut pas rien, et vous l'avez peuplée de mensonge ! Dans quelle ombre ai-je vécu, moi, jusqu'à maintenant ? Au secours ! Rendez-moi la vérité ! Dites-moi que mon père est mort, que vous m'avez envoyé jouer... Que j'aurais dû être là, que vous auriez dû me dire, que j'aurais dû comprendre, et pleurer... Je n'avais pas pleuré... Je n'avais pas pleuré, à la mort de mon père, vous m'aviez volé mes larmes et ce n'est que maintenant... Ce n'est que maintenant qu'elles viennent pour se verser, maintenant que je suis père à mon tour... mais j'ai raté tant de choses... Papa ! Papa, mon père, grand homme de notre maison... Vous deviez rester et vivre, vous deviez voir ma barbe un jour... Je n'avais pas compris... Je n'avais pas compris... Papa !
" - Pleure, mon fils, mon trésor. Petit enfant. Oui, pleure et regarde tout ce qui est passé, tout ce que tu as éprouvé dans ta petite âme d'avant. Regarde enfin, tu en as tant besoin. Ta femme chérie est à tes côtés pour t'y aider. Regarde et pleure... Délivre ton âme de mon fantôme et de tes échecs, fils, délivre ton âme... Je veille sur toi. Je te regarde chaque jour de là où je suis. Je veux te dire ceci : mon fils, mon garçon chéri, je t'aime, et je suis très fier de toi. Je suis très fier de toi, de la famille que tu as fondée, de ce que tu es. Peu importe les erreurs et les manquements d'autrefois : je t'aime, gallopin. Tu es un homme maintenant. Tu as le droit d'être reconnu comme un homme. Je l'ai bien vue, ta barbe, même si je n'étais pas là pour te le dire... Regarde, pleure, et viens dans mon coeur. Viens dans mon coeur, et maintenant grand homme, mon enfant, choisis la vie. Un moment viendra pour que tu pardonnes, pour que tes plaies intérieures soient source de beauté. En attendant ce moment - il faut du temps. En attendant : choisis la vie..."



