Il était une fois une petite fille qui savait depuis toujours qu'elle était une princesse.

Mais dès son plus jeune âge, elle connut une méchante femme (qui elle-même avait dû croire...) qui la maltraita, comme une peau d'âne et pire au-delà. La petite fille alors mettait dans son coeur de grandes craintes qui la mangeaient, comme une horde de vautours et de dragons.

Puis de nombreux lutins mauvais la traitèrent de poisson et de vache, pendant bien des années.

Un jour, alors qu'elle avait bien grandi, la petite fille fit un rêve en songe, où elle vit un homme resplendissant demander l'aide d'un petit ânon. Ce jour-là, elle cessa de croire pour toujours qu'elle était une princesse et comprit pourquoi toutes ces personnes l'avaient traitée ainsi : parce qu'en réalité, elle était un âne, et cet âne était joli, et cet âne portait secours à l'homme resplendissant et c'était un bonheur, c'était une joie profonde de servir l'homme resplendissant. C'était un abandon complet d'amour.

Les années passèrent et la petite fille épousa un oiseau. L'oiseau parlait un peu le langage de l'âne, mais peut-être le parlait-il un peu trop. Car, au fil du temps, la petite fille songeait beaucoup aux princesses et au fond d'elle, elle murmurait : "ah ! comme j'aimerais..." Les ânes sont des personnes assez simples, et ils ne s'embarrassent pas de jolis mots. 

Au bout d'un moment la petite fille se mit à pleurer, pleurer longuement. Elle gémissait et chuchotait : "Qu'avons-nous ! à faire des rêves si hauts et si grands qu'à la fin nos plumes éclatent en morceaux et que l'on ne sache plus rien faire d'autre que ramper comme un ver dans la boue ?"

C'est alors qu'une fée surgit d'un carnet de papier, et prononça ces mots : "C'est peut-être l'inverse... la chenille qui deviendra papillon..."

La petite fille se dit qu'elle avait peut-être trop voulu être un âne, se contenter d'être un âne, et que ce faisant elle avait brisé la princesse. Elle se dit : "Je ne suis pas née dans la boue, même si je me sens plus libre à son contact ! Pourquoi y a-t-il une désillusion si grande chez les petites filles, le jour où elles finissent par comprendre qu'en réalité elles ne sont pas des princesses ? N'est-ce pas parce qu'en vraie réalité, c'est bien ça qu'elles sont vraiment ?" La fée resta silencieuse, pourtant il aurait bien fallu trouver une belle réponse...

C'est alors que, sous ses yeux, une chenille qui rampait dans la terre devint papillon et dans ses ailes, on voyait de jolis ânes bleus...