...nommée aussi par le susdit : L'histoire du cheval qui pleure.

Il était une fois, dans un pays fort lointain, un magnifique cheval blanc qui vivait dans un grand château, tout en haut d'une colline entourée de forêts et de champs. Il aimait tant s'ébrouer dans la cour du palais, et galoper contre le vent !

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Un jour, un brigand vint à l'entrée du château et réclama de l'argent. Comme il n'y avait personne dans la cour à cette heure, le cheval passa le museau par la herse et répondit :

"Monseigneur, vous vous trompez d'heure ! je crains cependant que personne ici ne veuille vous donner de l'argent... car vous êtes un brigand !

- Et toi, cheval blanc ! n'as-tu pas quelque besace intéressante à me donner ?

- Je ne le puis, Monseigneur, je suis le fidèle destrier de mon roi."

Le brigand s'en alla très en colère. Il alla tout au fond de la forêt des quatre lunes et trouva la grande sorcière en sa maison, au fond de la clairière. "Sorcière, sorcière ! s'exclama-t-il. Je te donne la moitié de mon prochain butin si tu trouves un moyen pour me venger de ce cheval".

La sorcière prépara alors une potion, gravit la colline jusqu'au château et la donna à boire au grand cheval blanc.

Au début, il se trouva mal. La potion commençait à agir. Puis, en l'espace de quelques heures, il diminua, diminua et se fit plus petit ! sa beau si blanche se teinta, se teinta de gris ! et voilà que le plus beau et le plus fidèle destrier du roi se transforma en petit âne, tout petit, triste, et gris.

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Il fut renvoyé des stelles royales lorsqu'il eut envie d'aller se coucher le soir suivant, et on l'attela aux plus durs labeurs. Jour après jour, il devait porter les charges les plus lourdes et travailler très tôt le matin, très tard le soir... Amèrement, il regrettait ses anciens privilèges, son ancienne maison toujours si pleine de bon foin, et les écuyers qui prenaient tant soin de son royal et blanc pelage... tant de choses perdues !

Alors qu'il gémissait ainsi en versant quelques larmes, une petite souris passait par là et entendit son histoire. Le plus fidèle cheval du roi a été transformé en âne !! Elle le raconta à sa soeur, la grande souris, qui le raconta à sa maman, la maman souris, qui la raconta à leur père, le papa souris, et le papa souris qui était très ami avec le hibou, le lui raconta aussi. Alors le hibou s'envola pour retrouver sa maison, dans le creux de l'arbre, et lui murmura cette histoire. Alors l'arbre s'indigna et le raconta à l'arbre voisin, qui le raconta à l'autre arbre voisin, et ainsi tous les arbres de la forêt furent au courant. Ils décidèrent d'agir, et vite !

Ils densifièrent leur feuillage, et se rapprochèrent étroitement les uns des autres. Ils firent un ombrage épais au-dessus de la clairière où vivait la sorcière et ils lui dirent : "Sorcière, c'est bien toi qui a transformé le fidèle destrier du roi en un malheureux petit âne ! Si tu ne répares pas ce que tu as fait, Sorcière, ta maison jamais plus ne verra un rayon du soleil et plus jamais, la clarté de la lune ne s'étendra en ta demeure !" Toujours, l'ombre était plus grande et leurs feuillages plus forts...

Alors la sorcière prépara une nouvelle potion et l'apporta à boire au petit âne. A nouveau, il se transforma. Il grandit un peu, sa peau devint blanche, plus blanche... Plus blanche que jamais, brillant d'un éclat étincelant. Mais le petit âne resta un âne : car la sorcière n'était pas assez puissante pour réparer exactement ce qu'elle avait fait. Il y avait plus de blancheur dans sa potion, et pas assez de hauteur...

Cependant, le roi reconnut enfin son unique et fidèle destrier : "Je te retrouve, mon fidèle ami ! Te voilà changé en âne, mais je reconnais ta blancheur... Ta robe blanche est plus belle que la clarté du soleil... elle est plus splendide même que lorsque tu étais cheval !"

Et le roi reprit l'âne chez lui, le faisant reposer près du trône. Tous les jours, il le remerciait d'être son fidèle compagnon et d'avoir exécuté ses peines d'âne, si patiemment... et tous les jours, désormais, le bel âne blanc transportait joyeusement les enfants du palais sur son dos somptueux, animant les dîners par son hennissement heureux.

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